Electronic Journal Publishing: A Reader Version 2.0

Published by INASP, 2001

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1.2 Pourquoi éditer une revue électronique et comment s'y prendre ?

Sally Morris

 

4ème Edition

 

Publier une revue par voie électronique est une idée fort séduisante. Ce nouveau modèle d'édition présente certes de nombreux avantages, mais il n'est pas sans inconvénient. Avant d'engager des efforts et des dépenses dans cette entreprise, commencez par peser soigneusement le pour et le contre. Votre décision finale étant liée à vos objectifs principaux, vous devez commencer par établir clairement les raisons qui vous amènent à publier : quelles informations souhaitez-vous diffuser et à qui sont-elles destinées ?

 

Cet essai présente succinctement la liste complète des questions que vous devez vous poser et vous indique où trouver des informations détaillées sur chacun des aspects traités.

 

Il aborde les thèmes suivants :

 

 

A quoi bon publier électroniquement ?

 

Publier une revue par voie électronique est une idée fort séduisante. Ce nouveau modèle d'édition présente certes de nombreux avantages, mais il n'est pas sans inconvénient. Avant d'engager des efforts et des dépenses dans cette entreprise, commencez par peser soigneusement le pour et le contre. Votre décision finale étant liée à vos objectifs principaux, vous devez commencer par établir clairement les raisons qui vous amènent à publier : quelles informations souhaitez-vous diffuser et à qui sont-elles destinées ?

 

On dit souvent que l'édition électronique présente quatre avantages majeurs par rapport à l'édition papier : portée internationale, rapidité, fonctionnalité élargie et réduction des coûts. Ceci est vrai dans une certaine mesure.

Portée internationale. Il est vrai, certes, que les lecteurs du monde entier peuvent, en théorie, avoir accès à votre revue (à condition de disposer du matériel nécessaire et, pour les revues en ligne, d'une connexion Internet) ; vous n'avez pas à expédier des exemplaires papier à travers le monde, ce qui peut s'avérer à la fois coûteux et long. Or, la vraie question est de savoir si, plus fondamentalement, les gens vont accéder à votre publication. Il faut pour cela qu'ils aient connaissance de son existence (et, dans le cas d'une revue en ligne, son adresse Internet). A moins de promouvoir votre revue à l'échelle internationale, le fait de la diffuser par voie électronique ne va pas forcément avoir un impact sur son lectorat.

 

Rapidité. Un article est publiable dès qu'il est prêt à être publié ; pas besoin d'attendre qu'il soit imprimé et relié. Et les lecteurs peuvent le consulter dès sa publication ; pas besoin d'attendre qu'il soit livré par la poste. De plus, vous n'avez pas à attendre d'avoir suffisamment d'articles pour constituer un numéro papier complet. Vous pouvez, le cas échéant, publier les articles un par un dès qu'ils sont prêts (ou dès leur acceptation, avant même qu'ils n'aient été édités). Ce gain de temps peut être très appréciable pour les auteurs, notamment dans les domaines qui évoluent rapidement comme les sciences, où la priorité de publication est essentielle.

 

En revanche, une grande partie du travail de publication ne va pas s'en trouver accéléré si vous tenez à produire une revue de qualité. S'il s'agit d'une revue de recherche, vous allez devoir, comme avant, la soumettre à un examen collégial susceptible d'entraîner une révision, ce qui représente souvent une étape assez longue entre la soumission d'un article et sa publication éventuelle. Même s'il est vrai que l'envoi des articles aux arbitres scientifiques, puis le renvoi des comptes-rendus à la rédaction, peuvent survenir instantanément par voie électronique [1], l'arbitre mettra autant de temps pour lire, réfléchir et rendre son avis.

 

De la même manière, le travail éditorial est important si vous voulez que les articles publiés s'expriment de façon cohérente et exacte, et soient clairement compris. Une bonne préparation du texte avant publication facilite la lecture des revues et des articles. Si vous voulez rendre une revue électronique plus utile et plus intéressante qu'une revue papier, vous devez accomplir des tâches supplémentaires comme l'ajout de liens, d'informations complémentaires ou d'éléments “non-imprimables” tels qu'images ou séquences animées. Les éditeurs qui négligent de préparer soigneusement un texte n'aident pas la communauté scientifique autant qu'ils le pourraient. Ce peut être l'obstacle qui vous empêche de publier plus d'articles ; à moins d'accroître vos ressources éditoriales, vous ne pourrez pas dépasser un certain volume d'articles sans risquer de compromettre leur qualité.

 

Fonctionnalité élargie. La fonctionnalité que les auteurs et les lecteurs apprécient le plus dans les revues électroniques est celle des liens, à savoir la possibilité de consulter directement un article à partir de la citation qui s'y réfère dans un autre article. [2], [3] Voir plus loin le chapitre consacré aux Liens.

 

L'édition électronique permet également d'inclure des éléments que vous ne pourriez pas inclure dans une revue papier, soit par manque d'espace, soit parce que ces éléments sont difficiles, coûteux, voire impossibles à imprimer. Il est possible de rattacher aux articles de recherche toutes les données dont découlent les résultats, en choisissant de préférence un mode de présentation permettant au lecteur de manipuler lui-même ces données, par exemple pour les comparer à d'autres données. Parfois extrêmement coûteuses dans une revue papier, les illustrations en couleur ne posent pas ce problème dans une revue électronique.

 

Il est également possible d'inclure des séquences animées ou des sons, même si peu d'auteurs songent aujourd'hui à fournir ce type d'élément. Vous devriez aussi vous poser la question de savoir si vos lecteurs (ou même vos arbitres) sont susceptibles de disposer du logiciel nécessaire pour exploiter le matériel complémentaire. Les fichiers non-textuels vont aussi présenter de nouveaux défis aux équipes éditoriales concernant le contrôle et, le cas échéant, la correction de ce type de matériel.

 

Il est cependant bon de noter que lors d'une enquête2 récente, les personnes interrogées ont placé les liens bien au-dessus des autres fonctionnalités. Il est donc probablement inutile de leur consacrer beaucoup de temps et d'argent.

 

Réduction des coûts. Si vous décidez de vous passer purement et simplement d'une édition papier, vous allez faire l'économie des coûts afférents à l'impression et à la livraison des exemplaires papier. Cependant, le tirage des revues savantes étant généralement relativement faible, les coûts d'impression et de livraison ne représentent qu'une faible partie du coût total, tandis que les coûts éditoriaux et les coûts du “premier exemplaire” restent les mêmes. Vous allez également avoir à supporter de nouveaux coûts liés à l'édition électronique (traités plus loin de façon plus détaillée). On constate ainsi généralement une augmentation des coûts de traitement des données et d'administration. Tenopir et King [4], [5] estiment, d'après leurs statistiques, que l'économie globale réalisée par une revue comptant 500 abonnés ne dépasse pas 4%, ce chiffre pouvant aller jusqu'à 25% si vous avez la chance d'avoir 5000 abonnés. Ils reconnaissent toutefois que ces chiffres ne tiennent pas forcément entièrement compte des nouveaux frais informatiques, qui augmentent proportionnellement au tirage. Halliday et Oppenheim [6], [7] ont évalué de façon très détaillée les coûts sous-jacents qui ne varient pas, que la version soit électronique ou imprimée ; ils tentent également d'évaluer les nouveaux coûts supplémentaires liés à l'édition électronique. [8], [9]

Si vous décidez d'offrir une version papier et une version électronique, vous faites moins d'économies d'impression et de livraison, alors que vos nouveaux coûts électroniques sont les mêmes. Globalement, Tenopir et King4 estiment que les coûts peuvent augmenter d'environ 20%. C'est donc une option onéreuse, mais beaucoup d'éditeurs ayant constaté que leurs lecteurs ne souhaitaient pas se passer d'exemplaire papier, ils ont été contraints de suivre cette voie, ne serait-ce qu'à court terme.

 

Il semblerait que les lecteurs qui utilisent une revue électronique impriment les articles qui les intéressent pour pouvoir les avoir sous la main, les annoter et éventuellement les classer2. La majorité des lecteurs n'apprécient pas de lire un article complet à l'écran, même s'il se peut que la jeune génération, plus habituée à lire sur un écran d'ordinateur, adopte un autre comportement à terme. D'une certaine manière, vous ne faites que déplacer le coût d'impression de l'éditeur au lecteur.

 

Vous pouvez réduire considérablement le coût d'administration d'une version électronique en optant pour un modèle de gratuité d'accès pour tous. Dans ce cas, vous n'avez pas besoin d'un système capable de vérifier l'identité de chaque utilisateur et de moduler sa réponse selon que l'utilisateur est un abonné ou pas. Ce type de système est compliqué et coûteux, non seulement à créer, mais aussi à gérer ; reportez-vous aux paragraphes suivants intitulés Système de revue électronique, Administration des abonnements et service à la clientèle et Modèles de gestion permettant de récupérer une partie ou la totalité des coûts.

 

Commodité. Un des principaux avantages pour l'usager est la possibilité d'accéder au contenu de la revue depuis un ordinateur, voire, s'il en la chance, de son propre ordinateur. Ceci lui évite d'avoir à se rendre à la bibliothèque, où il peut arriver que le numéro précis qu'il venait consulter se trouve déjà entre les mains d'un autre usager. De plus, l'usager peut consulter la revue à tout moment, et pas seulement aux heures d'ouverture de la bibliothèque. D'après une enquête récente de l'ALPSP 2, la commodité figurait en tête des fonctionnalités les plus appréciées dans les revues électroniques.

 

Facilité de recherche. L'un des atouts importants de la revue électronique est le fait qu'elle facilite considérablement la recherche d'articles. C'est particulièrement vrai si vous organisez votre système de façon à ce que les usagers puissent rechercher des mots ou phrases précis. Même si votre système n'est pas doté de cette fonctionnalité, un lecteur peut très rapidement et très facilement consulter le sommaire des numéros précédents, par exemple pour rechercher un article dont il ne se rappelle que vaguement. C'est beaucoup plus simple que de consulter les numéros un par un sur une étagère de bibliothèque ! Selon le niveau de sophistication de votre système, le lecteur peut aussi accéder directement à une rubrique spécifique de la revue (comme les critiques de livres), voire même un paragraphe d'article (tel que “Sources et méthodologie” ou “Résultats”).

 

Liens. Une des fonctionnalités particulièrement appréciées par les auteurs et les lecteurs2 est la possibilité d'ajouter des liens hypertexte actifs dans le contenu de la revue, soit au sein de votre publication (tels que liens entre le sommaire et les articles), soit avec d'autres publications (tels que liens avec des articles cités en référence). Ces liens deviennent possibles par l'intermédiaire de banques de données secondaires de résumés et d'indexation telles que MedLine ; vous pouvez au minimum offrir un lien avec le résumé de l'article cité et, selon la politique de l'autre éditeur, vos lecteurs pourront suivre ce lien jusqu'au texte intégral s'ils le souhaitent. Des outils nouveaux comme le DOI (Digital Object Identifier) [10], [11], [12], [13] ont été conçus pour simplifier cette fonctionnalité. Un projet intitulé CrossRef [14] utilise la technologie DOI pour exploiter un système de liens gérés et cohérents entre des citations et les articles cités dans les revues électroniques ; un éditeur peut avoir recours à ce service moyennant un coût modique pour quelques revues.

 

Archivage. Cet aspect, qui demande aussi réflexion, inquiète les maisons d'édition et les bibliothèques du monde entier. Les revues papier sont relativement faciles à archiver, même si elles prennent de la place et risquent de se détériorer à terme, notamment si le stockage ne bénéficie pas de conditions optimales. De plus, une bibliothèque qui cesse de s'abonner à une revue conserve les numéros qu'elle a reçus avant de résilier l'abonnement.

Il en va autrement pour les publications électroniques. [15], [16] Il n'existe aucun moyen simple d'archiver une revue exclusivement électronique, notamment lorsqu'elle est diffusée en ligne. Même si une bibliothèque sauvegarde les revues sur fichiers, elle peut avoir à mettre régulièrement ces fichiers à jour en fonction des changements technologiques. Les liens avec d'autres sites (un des principaux attraits des revues en ligne) peuvent devenir inactifs en raison du caractère temporaire des adresses Internet (URL).

 

Certaines bibliothèques nationales cherchent des moyens de gérer ce type d'archives, mais n'arrivent pas encore à résoudre tous les problèmes. Tout modèle de dépôt des revues électroniques (par exemple, auprès des bibliothèques nationales) n'aura d'utilité qu'à condition que les archives incluent le logiciel nécessaire pour extraire le contenu. Si vous décidez de publier une revue exclusivement électronique, vous devrez bien réfléchir à la façon dont vous allez traiter ce problème, car les scientifiques de demain risqueraient de ne plus pouvoir accéder à vos publications. Une version papier fournit, bien entendu, une solution. L'archivage d'articles de revues fait l'objet d'un projet intéressant intitulé J-Stor. [17], [18], [19], [20], [21], [22]

 

De nombreux travaux sont menés dans divers pays pour étudier les modalités d'un dépôt légal de documents électroniques (ex. auprès des bibliothèques nationales) qui s'apparenterait à celui des documents imprimés. Outre le souci de conserver ces documents de manière adéquate pour toujours, ces modalités doivent aussi répondre aux problèmes d'accès afin de protéger les éditeurs déposants. [23], [24]

 

Au moment d'élaborer votre licence (cf. paragraphe consacré aux licences), il est important que vous définissiez l'approche que vous allez adopter pour assurer l'accès au matériel en cas de résiliation de l'abonnement par le client. Les bibliothécaires tiennent, comme pour les imprimés, à pouvoir continuer à disposer de droits d'accès au matériel auquel ils se sont abonnés. Or, tous les éditeurs ne souhaitent pas (ou ne peuvent pas, compte tenu de leur système) autoriser indéfiniment l'accès à du matériel antérieur, même lorsque la bibliothèque n'est plus abonnée. Une autre solution consiste à fournir des fichiers électroniques au client (éventuellement sur CD-ROM) au moment où il résilie son abonnement.

 

Une solution plus radicale, cependant, consiste à autoriser tout le monde à consulter gratuitement les anciens numéros. L'initiative de la Public Library of Science [25] invitait les auteurs et éditeurs à ne travailler qu'avec les revues autorisant l'accès gratuit à leurs anciens numéros, sous une forme d'archives spécifique, 6 mois après leur publication. Cette initiative a contribué indirectement à encourager un nombre croissant d'éditeurs [26] à autoriser l'accès gratuit à leurs anciens numéros, même si cet accès se limite généralement à leur propre site ; l'intervalle entre la publication initiale et l'accès gratuit varie de 6 mois à 3 ans selon le profil de consultation du matériel ancien dans chaque discipline (et, bien sûr, selon les besoins de chaque éditeur en matière de récupération de coûts).

 

Autres formes de publications. Dans certaines disciplines, les chercheurs ont pour habitude de faire circuler leurs travaux auprès de leurs collègues de façon informelle avant de les publier, sous la forme de “pré-publications”. Il est indéniable que cette diffusion se fait aujourd'hui plus facilement par voie électronique (ex. par e-mail) qu'auparavant. Les supports électroniques permettent également de conserver ces pré-publications dans une banque de données consultable (souvent par institution). Une banque de données de pré-publications est déjà très bien établie dans le domaine de la physique et disciplines annexes. [27] De plus, certaines associations d'auteurs encouragent vivement leurs membres à archiver la version publiée finale de leurs papiers dans des banques de données dont l'accès est public (parfois désignées sous le nom de banques de données "e-print") ; cette approche convient particulièrement aux matières comme la médecine ou les sciences de la vie, où l'absence d'arbitrage du matériel peut être problématique. [28], [29] Un logiciel actuellement en cours d'élaboration devrait faciliter les recherches simultanées d'articles dans plusieurs banques de données de pré-publications/e-prints. [30]

 

Le problème de cette approche est bien entendu le risque de menacer l'existence même des revues dans lesquelles les articles ont été publiés initialement, puisque les articles sont mis gratuitement à la disposition de tout intéressé. Or, les articles de type pré-publication n'ont pas fait l'objet d'un examen collégial et n'ont pas bénéficié des améliorations que peut apporter un travail éditorial de qualité. Mais surtout, ces articles n'ont pas le “label” que confère une parution dans une revue reconnue ; grâce à ce label, le lecteur potentiel peut instantanément se faire une idée non seulement de la qualité, mais aussi du thème et du “style” éditorial. Les archives "e-print" n'ont cependant pas ces inconvénients et peuvent en effet menacer l'avenir des revues sur lesquelles elles s'appuient, à moins de trouver un autre moyen d'amortir les coûts de la revue.

 

Certains auteurs [31], [32] sont d'avis que le coût de l'examen collégial (et tâches annexes) devrait être pris en charge par les auteurs (ou l'institution qui les finance) de façon à ce que les versions d'articles qui ont fait l'objet d'un examen collégial et d'un travail éditorial puissent aussi être consultables gratuitement, même si certains4 reconnaissent que ce modèle risque de ne pas rapporter un revenu suffisant à l'éditeur. C'est plus difficile dans le domaine des lettres, où la recherche souffre d'un manque de financement, que dans les sciences. C'est également plus difficile pour les auteurs issus de pays moins favorisés (en effet, la plupart des revues qui parviennent à amortir leurs coûts de cette manière ne font pas payer ces auteurs). Une autre solution [33] intéressante récemment mise en application consiste à demander aux institutions de payer, non pas pour s'abonner aux revues, mais pour rendre tous les travaux de leurs chercheurs disponibles dans des revues à "accès libre". Certains éditeurs35 tentent également, à titre expérimental, de fournir les articles gratuitement en faisant payer les services complémentaires tels que les revues d'articles.

 

Il est bien sûr essentiel de disposer d'un modèle de gestion viable en matière de récupération de coûts (ou subvention) avant de s'engager dans une revue à accès libre. Les avantages d'un accès ouvert pour les institutions universitaires sont néanmoins tellement évidents que l'Open Society Institute a récemment lancé une initiative de 3 ans destinée à financer l'élaboration de nouveaux modèles de gestion et la création (ou conversion) de revues à accès libre. [34]

 

Incertitudes. L'édition électronique (surtout lorsqu'elle l'est exclusivement) soulève toute une série de questions nouvelles du type : Comment citer une référence dans une revue exclusivement électronique ? Ou dans une banque de données de pré-publications ? Quelle date de publication faut-il donner à un article publié en ligne avant la parution de la version papier ? Il existe également des questions plus fondamentales concernant ce qu'il convient de considérer comme une “publication” dans un environnement où les documents peuvent faire continuellement l'objet de mises à jour ; [35] ce sont là des questions difficiles qui n'ont pas encore de réponses.

 

Si vous décidez de vous lancer, quelles décisions devez-vous prendre?

 

Si vous arrivez à la conclusion que l'édition électronique est la voie à suivre pour votre revue, vous devrez examiner un certain nombre d'options qui s'offrent à vous.

 

Site Internet de la revue, sommaires ou texte intégral ? Pour donner à votre revue une présence en ligne, vous allez devoir créer un site Internet adapté (si l'éditeur possède son propre site, ce dernier peut constituer un outil marketing précieux, même si le contenu n'est pas disponible en ligne). Ce site devra fournir des informations sur la revue, à savoir sa couverture de presse, le nom des rédacteurs et membres de l'équipe éditoriale, les modalités d'abonnement et de contribution d'article ; il peut aussi être utile d'ajouter une image de la couverture de la revue. Si le contenu est disponible en ligne, le site tiendra également lieu de point d'accès à cet égard.

 

Vous n'êtes pas tenu de publier l'intégralité du contenu de la revue. Vous pouvez avoir tout intérêt à ne publier que les sommaires et, éventuellement, le résumé des articles ; vous pouvez le faire avant même la parution de la version papier. Le lecteur aura ainsi l'avantage de pouvoir rechercher rapidement et facilement les articles qui l'intéressent. Si vous décidez de ne fournir que les sommaires en format électronique, ne serait-ce qu'initialement, vous devrez songer à un moyen de rendre l'accès payant et de le limiter aux seuls abonnés. En diffusant le sommaire de chaque nouveau numéro le plus largement et le plus rapidement possible, vous contribuerez à promouvoir votre revue et vos auteurs.

 

Vous pouvez aussi envisager de proposer à vos lecteurs un service consistant à leur adresser par e-mail le sommaire du prochain numéro ; c'est possible, que le texte intégral soit disponible en ligne ou pas. En offrant ce service aux non-abonnés comme aux abonnés, vous pouvez recenser des abonnés potentiels.

 

Tous les articles ou des articles choisis. Vous n'êtes pas obligé de publier l'intégralité du contenu de la revue. Vous pouvez très bien n'offrir que les articles de recherche, le reste (éditoriaux, critiques de livres, actualité, agendas, courrier des lecteurs) ne figurant que dans la version papier. Ou encore, si vous songez à utiliser la version électronique avant tout pour promouvoir la revue papier, vous pouvez n'offrir que des articles choisis ou un seul numéro pour illustrer la qualité et la richesse du contenu de la revue.

 

Article par article ou numéro par numéro. Si vous décidez de mettre l'intégralité de la revue en ligne, vous pouvez publier des articles choisis dès qu'ils sont prêts, sans attendre de disposer d'un numéro complet. En effet, certains éditeurs font paraître des articles sous leur forme pré-publication. [36] La possibilité de publier un article dans les plus brefs délais peut être un atout considérable pour l'auteur, notamment dans les disciplines scientifiques qui évoluent très rapidement et dans lesquelles la priorité est importante. En revanche, ce n'est pas nécessairement un avantage pour le lecteur ; par souci pratique, certains vont préférer recevoir (par voie électronique ou sur papier) une série d'articles regroupés dans un même numéro [37]. Une publication article par article soulève également des questions difficiles : quelle est la date de publication officielle si la version électronique paraît avant la version papier ? Comment différencier les versions pré-publication, si elles diffèrent légèrement de la version publiée ? Et comment procéder en matière comptable (quelle va être la date d'écriture des recettes d'abonnements payés d'avance, par publication) ?

 

Système de revue électronique ou simple mise en ligne de fichiers. Vous pouvez très bien vous contenter de créer un site Internet ne contenant que les fichiers électroniques du contenu de la revue. Toutefois, le résultat ne sera guère attrayant, ni très exploitable, pour le lecteur. Vous devez au minimum fournir une structure hiérarchique permettant au lecteur de se repérer. Cette structure doit au moins identifier les éléments Revue, Numéro et Article pour assurer une navigation logique. Selon la nature de votre revue, vous pouvez distinguer différents types d'articles. Vous pouvez faire encore mieux en développant la structure au niveau de chaque article (Résumé, Introduction, Sources et méthodologie et autres, sans oublier les Références) de façon à ce que le lecteur puisse accéder directement à ce qui l'intéresse. Comme nous l'avons déjà indiqué, une fonction de recherche est aussi un outil précieux. Lorsque le nombre d'articles devient important, il est préférable de les conserver dans une banque de données vers laquelle votre système d'accès peut orienter le lecteur.

 

Si vous décidez de vendre des abonnements à votre revue électronique (ou d'en limiter l'accès gratuit aux membres d'une société savante ou aux abonnés de la version papier par exemple), votre système doit permettre aux usagers de révéler leur identité afin d'autoriser ou d'interdire l'accès, selon le cas.

 

Une revue électronique plus sophistiquée peut proposer davantage au lecteur, comme la possibilité de marquer des pages ou d'annoter des articles. Vous pouvez aussi informer le lecteur, par e-mail, de la parution d'un nouvel article ou numéro, et éventuellement sélectionner les articles susceptibles de l'intéresser, tout en sachant que ce lecteur pourra ne pas apprécier de recevoir des messages trop fréquemment ! Vous pouvez aussi inviter le lecteur à réagir sur les articles et mettre ces commentaires en ligne. [38], [39], [40]

 

Version papier et électronique, ou exclusivement électronique. Comme nous l'avons déjà vu, vous pouvez faire l'économie de certains coûts en vous passant purement et simplement d'une version papier. Cependant, vous seriez bien avisé de vérifier d'abord que vos clients existants ou potentiels y sont favorables ; menez une étude de marché si possible. Songez également au problème d'archivage souligné plus haut.

 

La situation n'est pas la même selon qu'il s'agit d'une revue papier existante ou du lancement d'une nouvelle revue. Dans le cas d'une revue existante, vous pouvez demander à vos clients s'ils sont favorables à une version électronique (en supplément ou remplacement de la version papier) ; les bibliothèques abonnées pourront craindre de voir les revues papier disparaître de leurs étagères, à moins de pouvoir leur accorder des réductions importantes. Certains auteurs peuvent être réticents à soumettre leurs papiers à une revue exclusivement électronique (en partie du fait de l'incertitude qui pèse sur son accessibilité et sa conservation à plus long terme) ; une revue nouvelle ou inconnue a toujours plus de mal à obtenir des papiers de qualité, et cette réticence de la part des auteurs peut aggraver le problème. En revanche, une nouvelle revue exclusivement électronique permet d'inclure des éléments que ne permet pas d'inclure une version papier ; elle permet aussi d'expérimenter de nouveaux modèles économiques, en faisant payer les auteurs (ou leurs institutions) et non les lecteurs par exemple (cf. ci-dessous).

 

Si vous décidez de publier une version papier et une version électronique, ces deux versions ne seront pas forcément rigoureusement identiques. Mis à part les nouveaux éléments qui peuvent s'ajouter à la version électronique, nul ne peut garantir que des erreurs (même mineures) ne vont pas se glisser dans les fichiers électroniques. Il peut être utile, dans l'intérêt du lecteur, d'indiquer clairement que l'une ou l'autre des versions est définitive (un nombre croissant d'éditeurs choisissent de faire de la version électronique la version définitive).

 

Ajout d'éléments nouveaux dans la version électronique. Vos clients (auteurs et lecteurs) y sont-ils favorables ? (Là encore, seule une étude de marché vous permettra de le savoir). En avez-vous les moyens ? Certains éléments peuvent accroître le coût de production de la revue électronique, tant au niveau technique que du temps. Make sure that you are not wasting time and money creating features which your customers do not value highly.

Vente individuelle ou groupée. Si vous avez la chance de publier plusieurs revues, vous pouvez avoir intérêt à les vendre de manière groupée (en donnant éventuellement la possibilité aux clients de les acheter séparément). Selon les indications disponibles, le taux d'utilisation des titres auxquels les clients n'étaient pas auparavant abonnés peut être étonnamment élevé. [41], [42] Si vous publiez également des livres ou tout autre contenu se rapportant au thème de la revue, vous pouvez enrichir cette offre groupée ; vous pouvez aussi inclure des liens vers d'autres sites. Une autre possibilité consiste à collaborer avec un ou plusieurs autres éditeurs pour créer une offre groupée plus large.

 

En ligne ou CD-ROM. On a tendance à croire que les revues électroniques sont forcément en ligne. Or, le CD-ROM peut être plus indiqué dans certains cas. C'est particulièrement vrai dans les régions où l'accès au matériel informatique ou, plus important encore, à Internet est encore limité et tributaire de l'accessibilité au réseau téléphonique et de sa fiabilité. Bien entendu, les revues sur CD-ROM présentent plus d'inconvénients. Il faut expédier les CD-ROM aux abonnés ; vous ne pouvez pas publier article par article et un numéro complet ordinaire est loin de remplir un CD-ROM. En revanche, il peut s'agir d'une option intéressante dans certains cas, même si le choix du format mérite réflexion. Malgré la normalisation des CD-ROM [43], les formats CD-ROM n'ont jamais été aussi variés (vitesses différentes, données sur une ou deux faces, etc.) et il est important de vérifier que le format choisi va convenir à la majorité des clients. Le CD-ROM constitue aussi une solution d'archivage relativement stable à moyen terme, même si personne ne peut se prononcer catégoriquement sur sa durée de lisibilité.

 

Le faire vous-même ou faire appel à un prestataire. Un moyen d'éviter de supporter les coûts liés à l'élaboration complète d'un service de revue électronique consiste à utiliser un service déjà élaboré. Des sociétés savantes (notamment les plus grandes) peuvent proposer leurs services moyennant une redevance ; ce peut aussi être le cas de certaines presses universitaires et d'autres maisons d'édition, qu'elles soient à but non lucratif ou commerciales, ainsi que certaines agences d'abonnements (en veillant cependant à ce que la revue soit aussi accessible aux clients des autres agences). D'autres organisations se spécialisent dans l'hébergement de revues, en ciblant parfois les organisations à but non lucratif de petite taille. [44], [45], [46] Les regroupements d'institutions et d'éditeurs pourraient jouer un rôle à cet égard, en conjuguant les efforts de chacun ; ICSU Press examine actuellement la possibilité de “jumeler” des revues du Nord et du Sud. Le fait que vos revues soient disponibles sur le même site que d'autres revues risque fort de renforcer leur notoriété auprès de lecteurs potentiels, et donc leur utilisation. L'emplacement de ce type de partenaire importe peu pour une revue électronique, même si des critères linguistiques (ou autres) peuvent vous amener à privilégier un partenaire situé dans votre propre pays, ce qui ne manquerait pas de faciliter les communications courantes. Certaines universités (ou d'autres institutions) peuvent aussi accepter d'héberger vos documents sur leur site Internet ; ne perdez pas de vue, cependant, que si elles ne gèrent pas déjà elles-mêmes des revues ou un contenu similaire, leur système risque fort de ne pas convenir sans une adaptation complémentaire (et coûteuse).

 

Constatant que les revues des pays en voie de développement manquaient de notoriété sur le plan international et que leurs éditeurs étaient handicapés par un manque d'argent et de savoir-faire, un certain nombre d'organisations se sont formées pour aider la publication électronique de ces revues. L'une d'elles, Bioline Publications [47], [48], [49], [50], 13, diffuse actuellement 24 revues bioscientifiques pour le compte de leurs éditeurs et a mis trois de ses propres revues exclusivement en ligne. Bioline a également fondé l'Electronic Publishing Trust for Development [51] pour soutenir la publication électronique des revues publiées dans les pays en voie de développement. On peut aussi citer ExtraMED [52], [53], qui produit tous les ans 10 CD-ROM contenant une copie intégrale de près de 300 revues médicales (et sciences de la santé) de pays en voie de développement et assure leur promotion auprès de bibliothèques dans le monde entier ; des services similaires existent pour les sciences (ExtraSCI – UNESCO) et l'agriculture (AgROM Extra - FAO). INASP produit lui-même African Journals On-Line, un service qui met en ligne les sommaires et résumés de 43 revues produites en Afrique et vend des photocopies d'articles de ces revues. [54] L'Open Society Institute anime le Center for Publishing Development à Budapest [55], destiné à faciliter le développement de projets d'édition locale en Europe de l'Est. Vous trouverez de nombreuses autres initiatives de ce type sur les sites Liblicense [56] et ALPSP [57]. Il est toujours difficile pour les sociétés savantes, même en Occident, de trouver des fonds suffisants pour soutenir le développement des éditeurs étrangers, ce qu'elles souhaiteraient ; l'idée de "jumeler" des éditeurs de pays plus/moins développés est à l'étude, à l'image du programme "ALPSP Partnership Project" de l'Association of Learned and Professional Society Publishers.

 

Le Conseil International pour la Science (ICSU/CIUS) dispose d'une excellente publication, Guidelines for Scientific Publishing [58], dont la dernière mise à jour remonte à 1999. Parmi les autres publications utiles, on peut également citer Serial Publications: guidelines for good practice in publishing journals, dont la seconde édition (publiée en 2002) fait état des revues électroniques. [59] Journal Publishing de Page et al contient également un chapitre intéressant sur l'édition électronique. [60] D'autre part, SPARC (une initiative qui a pour mission de réduire le coût des revues pour les bibliothèques) a lancé en 2002 le guide Gaining Independence, qui s'adresse à tous ceux qui souhaitent créer leur propre revue électronique à un prix raisonnable. [61] Une liste de contrôle brève compilée par ALPSP, intitulée Putting your journals online, est disponible à l'adresse http://www.inasp.info/psi/ejp/checklist.shtml.

 

Vendre vous-même et/ou faire appel à un intermédiaire. Ce n'est pas tout de publier la revue électroniquement. Il faut ensuite la vendre, ce qui implique non seulement la vente, mais aussi la mise en oeuvre de l'accès électronique et la gestion des contrôles de cet accès, que vous aurez choisis. De plus, vous devrez réfléchir aux licences que vous souhaitez proposer à vos clients ; contrairement aux revues papier, les revues électroniques offrent aux utilisateurs un large éventail d'usages possibles, dont certains que vous voudrez interdire (cf. paragraphe consacré aux licences). Vous pouvez confier cet aspect à un ou plusieurs intermédiaires ; de nombreuses agences d'abonnements proposent aujourd'hui ce type de service, moyennant une redevance, pour les revues électroniques. Vous pouvez avoir tout intérêt à utiliser ce type de service, la plupart des bibliothèques traitant déjà avec des agences d'abonnements pour leurs revues papier. De plus, certaines agences d'abonnements disposent de systèmes permettant aux usagers d'accéder à la totalité de leurs revues électroniques par le biais d'un dispositif d'accès unique ; l'usager préférera naturellement cette solution à celle qui consiste à accéder à un site Internet différent pour chaque revue, en ayant probablement à utiliser un mot de passe différent à chaque fois. C'est bien sûr plus facile si l'agence héberge également votre revue ; si ce n'est pas le cas, vous allez devoir lui fournir des informations de base (comme le sommaire et, de préférence, les résumés) en format électronique de façon à ce que les usagers puissent les consulter. Si vous suivez cette voie, vos frais généraux vont augmenter (puisque vous devez payer un intermédiaire), mais aussi certainement l'accessibilité et donc l'utilisation de vos revues.

 

Quels changements allez-vous devoir apporter à vos méthodes ?

 

Que vous décidiez de tout faire vous-même ou pas, l'édition électronique va vous amener à changer vos façons de faire. [62] [63] C'est là un aspect important qu'il ne faut pas négliger.

 

Travail éditorial. L'examen collégial, la révision et la préparation des articles, comme nous l'avons déjà vu, ne perdent pas de leur importance si ces articles sont publiés électroniquement. De plus, l'équipe éditoriale peut être amenée à ajouter (et vérifier) des liens électroniques, au niveau de l'article et de la revue, à d'autres publications et documents annexes. Les auteurs sont de plus en plus nombreux (sans faire l'unanimité, loin de là) à pouvoir soumettre leurs articles en format électronique, ce qui peut réduire certains coûts de composition (ou équivalent électronique). Vous ne commencerez à récolter des bénéfices que lorsque vous serez suffisamment équipé en informatique pour réaliser électroniquement le travail éditorial et la préparation ; si vous devez rémunérer un compositeur pour transférer vos instructions de révision et de préparation dans la version électronique, vous ne ferez aucune économie, ou très peu. Si vous optez pour une publication article par article, vous aurez plus que jamais besoin d'un bon système interne de suivi pour savoir à quel stade se trouve chaque article ; vous pouvez aussi incorporer les articles dans votre banque de données avant leur publication effective. Plusieurs systèmes (assez coûteux) disponibles dans le commerce permettent de gérer les articles eux-mêmes, ainsi que leurs données annexes, à tous les stades du processus de publication. Si vous n'avez pas d'ordinateur doté d'une capacité suffisante, vous devrez soit en acheter un, soit sous-traiter le travail, sachant qu'il est plus difficile, mais non impossible, de publier une revue électronique sans posséder soi-même du matériel électronique.

 

Il est essentiel, au moment de réclamer aux collaborateurs de votre revue le copyright ou le droit de publier (ce que vous devriez faire systématiquement), de vous assurer que ces droits couvrent les droits électroniques. Il est également important de vérifier à deux fois que vous-même ou l'auteur avez obtenu les droits électroniques pour tout ce que vous souhaitez inclure, y compris les illustrations ou les citations extraites d'autres publications. L'ALPSP a produit un modèle de contrat-type. [64]

 

Production. Les méthodes de production vont forcément changer pour une revue électronique (ou même parallèle papier/électronique). Les fichiers vont devoir adopter un format adapté, comme PDF ou HTML, et vous (ou votre prestataire) allez devoir apprendre à le faire. Les fichiers PDF reproduisent la page imprimée ; ce format peut rendre le texte plus difficile à lire à l'écran, selon la maquette de la revue, mais convient parfaitement à une sortie sur imprimante. Vous (ou votre prestataire) aurez besoin d'un logiciel spécialisé [65] pour créer des fichiers PDF et vos lecteurs auront besoin d'un logiciel spécifique (néanmoins gratuit) pour les lire. Les fichiers HTML produisent une maquette sur écran que l'utilisateur peut modifier (au même titre, malheureusement, que le texte lui-même). Ce format facilite la lecture à l'écran, mais les sorties sur imprimante sont de moins bonne qualité et ne reflètent pas la version papier. Enfin, le fichier HTML est plus petit que le fichier PDF et donc plus rapide à télécharger, ce qui peut être important si la connexion Internet est lente.

 

Les fichiers électroniques exigent un contrôle minutieux, des erreurs ayant vite fait de se glisser dans un fichier pendant une conversion. Chaque fichier est à marquer soigneusement, en lui attribuant au moins un nom de fichier (ou autre identifiant) permettant d'identifier l'article ainsi que, de préférence, un ensemble de “métadonnées” comprenant le titre, le volume et le numéro de la revue, le titre et l'auteur de l'article, la date de publication et l'identifiant. Si vos méthodes ont manqué de rigueur par le passé, c'est le moment d'y mettre résolument de l'ordre !

 

Si vous envisagez de publier des éditions parallèles (ex. papier et en ligne, papier et CD-ROM), il serait plus logique de préparer le contenu en format unique “demi-neutre” et de le convertir ensuite dans les différents formats requis. SGML, comme son proche parent XML, est un format particulièrement intéressant à cet égard, mais il est assez difficile à apprendre et à utiliser (des outils disponibles dans le commerce permettent cependant de simplifier ces aspects). Même un format traitement de texte simple comme Microsoft Word peut vous aider à faire beaucoup.

 

Si vous avez choisi de publier article par article, vos prestataires vont devoir disposer d'un système capable d'assurer le suivi de chaque article ; ceci risque d'accroître les coûts.

 

Marketing et promotion. Le marketing, au vrai sens de chercher à savoir ce que veut le marché avant de le lui fournir, est aussi nécessaire aux revues électroniques qu'il ne l'est aux revues papier. Bien qu'il soit tentant d'éclipser l'étape des études de marché, vous seriez très mal avisé de le faire. Vous allez consulter le plus grand nombre d'auteurs et de lecteurs possibles, mais vous allez aussi tenter de mener des enquêtes méthodiques au moyen d'un questionnaire. Si vous considérez l'édition électronique comme un moyen d'étendre la couverture internationale de votre revue, vos études de marché devront avoir une dimension internationale. Ça coûte de l'argent, mais pas autant que vous pourriez en perdre si votre revue devait se solder par un échec. Ce processus ne doit pas s'achever après le lancement de la revue ; vous pouvez constamment la modifier et l'améliorer, selon l'évolution des besoins de vos auteurs et de vos lecteurs. Il est bon de soumettre de temps en temps des questionnaires aux auteurs et aux abonnés actuels et potentiels (de préférence par e-mail) ; les clients qui ont résilié leur abonnement peuvent être une source précieuse d'informations concernant vos points faibles ! Une revue électronique ne se vend pas plus par elle-même qu'une revue papier. Vous devez vous assurer que les personnes susceptibles de la lire ou d'y contribuer savent qu'elle existe. Il ne suffit pas d'envoyer une plaquette d'information (beaucoup d'éditeurs affirment en effet que cette méthode est relativement inefficace). Un publipostage électronique (à l'aide d'une liste d'adresses e-mail adaptée) revient moins cher qu'un publipostage postal. Réfléchissez cependant à deux fois avant d'envoyer des messages à caractère promotionnel à des forums de discussion ; les destinataires pourraient l'interpréter comme un manque de professionnalisme et réagir très négativement. En revanche, de nombreux forums acceptent volontiers de recevoir de simples informations concernant les revues disponibles.

 

L'essentiel est de faire en sorte que votre revue soit connue, tant à l'échelle nationale qu'internationale. Faites couvrir votre revue par les principaux moteurs de recherche Internet [66]. Ceci dit, un des moyens les plus simples de faire connaître votre revue auprès d'une communauté cible est de la faire figurer dans des banques de données secondaires (d'indexation et résumés). Autrefois réticents à inclure des revues exclusivement électroniques, les principaux services commencent à changer à cet égard. Le plus important est ISI [67], même si ses conditions d'adhésion sont assez rigoureuses et le nombre de revues couvertes limité [68]. Identifiez toutes les banques de données qui présentent un intérêt pour la discipline concernée et tentez de vous inscrire dans le plus grand nombre d'entre elles. On pourra vous demander de fournir un abonnement gratuit, mais ce n'est pas cher payé. Si vous pouvez fournir des “en-têtes” de type données bibliographiques ou, mieux encore, des résumés, en format électronique, c'est encore mieux. Certains services vont même jusqu'à rémunérer ce type de données si elles peuvent leur permettre de gagner du temps et de l'argent ; malheureusement, il n'existe pas encore de normalisation quant au format requis. Vous devriez aussi inclure votre revue dans le répertoire Ulrich's International Periodicals Directory [69], la principale source de références.

 

Les revues des pays en voie de développement ont particulièrement du mal à accéder aux principales banques de données. Certains mettent en cause la qualité de l'arbitrage collégial, l'absence d'auteurs connus et la régularité de publication, qui sont tous des problèmes exacerbés eux aussi par le manque de notoriété. Des services tels qu'ExtraMED, ExtraSCI et AgROM Extra (cf. ci-dessous) font de leur mieux pour minimiser ce problème. Une conférence organisée à Nanjing en novembre 1999 s'est penchée sur cette question. [70]

 

Si votre système (ou celui de votre partenaire) répond à ces besoins, vous pouvez offrir un accès gratuit pour une durée limitée ou un volume d'informations précis, afin d'attirer de nouveaux abonnés. Beaucoup d'éditeurs ont diffusé leurs revues électroniques gratuitement pendant un an ou plus, sans restriction d'accès. Ce peut être un bon moyen de susciter de l'intérêt d'une part, et d'obtenir de l'information en retour d'autre part, tout en sachant que les clients vont pouvoir ensuite rechigner à payer pour un service qui était jusque là gratuit ; si vous envisagez de rendre l'accès payant à terme, il est préférable d'en informer les clients dès le début.

 

Une fois la revue disponible en ligne, la collecte d'informations en retour auprès des lecteurs et des auteurs peut se faire plus facilement que pour une publication papier, Internet facilitant considérablement les communications bilatérales. Les formulaires de commentaires en ligne, les liens directs à des adresses e-mail et les forums de discussion sont autant d'outils d'échange efficaces de l'information.

 

Ventes. Les revues papier se passent largement, voire entièrement, de commerciaux. Les bibliothèques choisissent les revues qu'elles souhaitent proposer à leurs usagers puis passent par un circuit privilégié pour les acquérir. En revanche, l'octroi de licences par site pour les revues électroniques (cf. Licence par site plus loin) nécessite des discussions et des négociations avec chaque client ; ça prend du temps et, si vous décidez de le faire vous-même, vous devrez probablement embaucher du personnel qualifié dans ce domaine. L'autre solution consiste à confier cette tâche à un service extérieur comme une agence d'abonnements ; dans ce cas, vous devez accepter l'idée que ce service puisse négocier les tarifs en votre nom. N'oubliez pas que le tarif abonnement bibliothèque peut couvrir plusieurs revues ; c'est d'autant plus le cas lorsque les bibliothèques se rassemblent en groupement.

Vendre à des groupements de bibliothèques (et autres gros clients) est un processus particulièrement difficile et de longue haleine, et l'éditeur qui ne possède qu'un nombre limité de revues peut facilement se retrouver écarté. Des initiatives sont néanmoins en cours pour aider les petits éditeurs à travailler ensemble et offrir un éventail de revues plus large au sein d'un seul produit. Pour surmonter ces problèmes, vous pouvez avoir intérêt à travailler avec d'autres éditeurs de votre propre pays ou région.

 

Administration des abonnements/service à la clientèle. Si vous décidez de limiter l'accès (par exemple aux abonnés payants ou inscrits, aux abonnés de la version papier ou aux membres d'une société ou association), vous allez devoir fournir des mots de passe (ou autres moyens de contrôle d'accès) aux nouveaux usagers, désactiver les mots de passe des anciens usagers et veiller à ce que le système puisse identifier les usagers autorisés au moment où ils tentent d'accéder au système. Tous ces aspects vont se traduire par une charge administrative plus complexe que pour une revue papier et faire appel à des compétences techniques considérables.

 

Dans certains pays, la vente de revues électroniques relève de règles fiscales plus complexes que celle des revues papier ; il peut arriver en effet qu'elle soit imposée alors que celle des revues papier ne l'est pas. Vous devrez consulter des spécialistes locaux pour en savoir plus.

 

Les clients des revues papier n'ont pas besoin d'aide pour les utiliser ; la situation est différente pour les revues électroniques. Certains clients vont oublier leur mot de passe et vous devrez leur en donner un autre ou leur rafraîchir la mémoire. D'autres vont avoir des problèmes d'accès alors que le mot de passe qu'ils utilisent semble correct. Quand bien même vous diffuseriez votre revue gratuitement, certains clients auront toujours des problèmes d'accès ou d'utilisation. Vous devrez donc assurer un service d'assistance à la clientèle, que ce soit par téléphone, par e-mail ou les deux. Vos clients seront très irrités s'ils n'obtiennent pas rapidement l'aide dont ils ont besoin et l'idéal serait d'assurer un service d'assistance continu pendant la journée, voire 24 heures sur 24.

 

Bien entendu, si vous décidez de confier les problèmes d'accès à un intermédiaire, tous ces problèmes seront à sa charge, moyennant un coût naturellement.

 

Combien peut-il vous en coûter ?

 

Il est impossible de chiffrer précisément le coût d'édition électronique d'une revue ; en revanche, vous pouvez et devez évaluer tous les coûts probables dans le moindre détail, en prenant soin de ne sous-estimer ni le temps ni l'argent nécessaire.4, [71], [72], [73], [74] , [75], [76]

 

Temps. Désignez un responsable pour examiner soigneusement toutes les questions soulevées dans ce papier et prendre les décisions nécessaires. Il ne s'agit pas d'une procédure ponctuelle ; votre revue électronique doit faire l'objet d'un suivi et d'un contrôle continus plus poussés que pour une revue papier. Vous allez rencontrer des complications au niveau du travail éditorial et de la production, et devoir apprendre de nouvelles techniques et méthodes. La mise en oeuvre d'un système adapté va prendre beaucoup de temps, et la maintenance et le développement de ce système vont exiger des efforts continus. Si vous le faîtes vous-même, l'administration des abonnements et le service à la clientèle demanderont également beaucoup de travail.

 

Argent. La voie “exclusivement électronique” va certes vous permettre de faire des économies de papier, d'impression, d'entreposage et d'expédition, mais l'émergence de nouveaux coûts peut rapidement les réduire à néant. Même si certains affirment que ce coût ne représente qu'une fraction du coût d'établissement et d'exploitation d'une revue papier, l'expérience de nombreux éditeurs traditionnels le réfute. Le coût le plus important est le coût d'élaboration d'un système adapté, avec ou sans contrôle d'accès selon que l'accès est payant ou non. Comme pour tout système informatique, ce coût est très difficile à évaluer de façon précise et il serait malavisé de vous donner un ordre de grandeur – beaucoup recommandent de majorer vos prévisions (montant et nombre d'heures) de 50% ! Si vous vous associez à un fournisseur existant, vous obtiendrez plus facilement des chiffres précis qui seront probablement forfaitaires et non calculés sur la base d'un pourcentage du chiffre d'affaires ; en effet, il semble que le chiffre d'affaires dégagé par les éditeurs soit faible pendant les premières années d'une revue électronique. Ne perdez pas non plus de vue le fait que cet investissement n'est pas ponctuel ; l'expérience montre que ces systèmes sont constamment à mettre à jour. Tenez-en compte dans le budget.

 

Vous allez peut-être devoir prévoir au budget des frais de personnel supplémentaires pour pallier aux tâches qui s'avéreraient plus compliquées ou plus techniques que prévu ; les spécialistes en informatique coûtent cher, où qu'ils soient !

 

Il est impossible de donner des chiffres compte tenu des nombreuses variables comme le nombre d'articles reçus et publiés, le nombre d'abonnés, le nombre de revues (autres que la vôtre) gérées par le système, sans parler des différences de prix du matériel, des services et de la main-d'oeuvre au niveau local. Toutefois, Tenopir and King4 donnent des chiffres utiles pour une revue savante moyenne. Ils évaluent à environ 4% l'économie globale réalisée pour une revue tirée à 500 exemplaires et estiment que les coûts augmentent d'environ 20% dans le cas d'une édition parallèle papier/électronique.

 

Quels sont les modèles économiques disponibles ?

 

Il se peut que votre organisation ne souhaite pas récupérer ces coûts, considérant l'édition électronique d'articles comme un service rendu à la communauté. Beaucoup d'autres vont vouloir au minimum recouvrer leurs frais, voire dégager des bénéfices pour financer d'autres activités. Plusieurs modèles économiques ont actuellement cours. Certains ne peuvent s'appliquer qu'à condition de proposer une version papier et une version électronique de la même revue. Dans tous les cas, les choix que vous ferez en matière de tarification devront tenir compte du type d'utilisation que vous souhaitez instaurer.

 

Version électronique gratuite pour tous. Ce modèle ne va pas vous permettre, bien entendu, de recouvrer vos frais auprès des usagers. Par contre, s'il a pour conséquence d'accroître le nombre de lecteurs (ce qui ne peut arriver qu'à condition de mettre en oeuvre des activités de marketing et de promotion efficaces), votre revue risque de devenir plus attrayante auprès des publicitaires ou autres sponsors. Or, les éditeurs n'arrivent pas à financer leurs revues scientifiques spécialisées par le seul biais de la publicité. Beaucoup d'éditeurs limitent la gratuité de leurs revues électroniques à une période initiale dans un but promotionnel. L'absence de besoin de contrôle d'accès réduit le coût du système.

 

Paiement par l'auteur (ou l'institution). Le modèle “gratuité des revues pour le lecteur, paiement par l'auteur” (par exemple, en puisant dans leurs fonds de recherches) a reçu un large écho récemment [77] et commence à être testé. [78] Une nouvelle variante de ce modèle consiste à faire payer les institutions afin de rendre les résultats des travaux de tous leurs chercheurs30 consultables gratuitement. En écho au paragraphe Autres formes de publications ci-dessus, l'Open Society Institute soutient activement l'élaboration de modèles financiers permettant de rendre les revues accessibles à tous gratuitement, sans diminuer la valeur ajoutée qu'elles apportent.32 Certes attrayant pour les bibliothèques et les lecteurs, ce modèle comporte des risques pour les nouvelles revues s'il a pour effet de rebuter les auteurs. Il convient aussi de calculer assez précisément le tarif minimum nécessaire pour couvrir les coûts d'une part et le tarif que les auteurs pourraient juger acceptable d'autre part. Naturellement, la possibilité pour les auteurs d'utiliser une partie de leur bourse de recherche pour payer cette redevance aura une influence certaine ; s'ils doivent payer de leur poche, ce modèle n'a aucune chance de réussir. Vous pouvez aussi envisager d'utiliser ces redevances pour baisser le tarif des abonnements au lieu de les éliminer tout simplement.3

 

Version électronique gratuite pour tout abonnement papier. Vous pouvez appliquer ce modèle en permanence ou pour une période promotionnelle initiale. Vous aurez besoin d'un système de contrôle d'accès et devrez fournir à chaque abonné un mot de passe ou une autre forme d'identification. Prenez garde de ne pas trop augmenter le tarif d'abonnement papier, faute de quoi les abonnés pourraient penser (peut-être à juste titre) qu'on leur demande de financer la version électronique, qu'ils le veulent ou non ; vous risqueriez alors de perdre des abonnés.

 

Version électronique payante pour tous (tarif identique/supérieur/inférieur au tarif papier). Vous pouvez appliquer un tarif d'abonnement différent pour la revue électronique. S'il existe une version papier parallèle, il est bon de réfléchir au rapport entre le tarif électronique et le tarif papier. Doit-il être identique (le contenu acheté étant le même) ? Ou plus élevé (la version électronique étant plus riche au niveau fonctionnel) ? Ou moins élevé (vos coûts pouvant être moindres) ? Vous pouvez aussi accorder une réduction pour tout abonnement papier/électronique combiné.

 

Version électronique proposée aux abonnés papier moyennant un supplément. Certains éditeurs majorent d'un supplément l'abonnement incorporant la version électronique ; ce supplément varie considérablement (de 10% à 50%, voire plus). Une autre solution consiste à offrir l'abonnement papier comme produit supplémentaire, en proposant un tarif extrêmement réduit à ceux qui s'abonnent à la version électronique. [79]

 

Abonnement individuel. Une part importante du revenu généré par les abonnements papier provient généralement des bibliothèques et des institutions, mais beaucoup d'éditeurs proposent également des abonnements à tarif réduit pour les particuliers. Vous pouvez envisager de proposer des abonnements aux particuliers pour vos revues électroniques, sur la base des modèles décrits plus haut. On peut soutenir en effet que les véritables avantages de la revue électronique (accès depuis un ordinateur personnel, services étendus et fonctionnalité accrue) sont plus attrayants pour le lecteur individuel que pour une bibliothèque. Vous devriez cependant garder à l'esprit que si vous proposez des abonnements aux bibliothèques, notamment sur une base de licence par site, il se peut que les particuliers aient déjà accès à la revue électronique sur leur lieu de travail. D'un autre côté, l'abonnement individuel à tarif réduit peut permettre à l'usager d'accéder à la revue ailleurs que sur son lieu de travail. Si vous proposez plusieurs types d'abonnements électroniques assortis de divers droits ou usages autorisés, n'oubliez pas que votre système devra pouvoir distinguer les différents types d'abonnés au moment où l'usager accède au système.

 

Abonnement membre. Les revues électroniques peuvent poser des problèmes pour les sociétés et associations dont le revenu provient en majorité des cotisations de leurs membres. Si l'adhésion des membres est principalement motivée par la perspective de recevoir un exemplaire de la revue et si ces membres y ont désormais accès par le biais d'un abonnement bibliothèque sur leur lieu de travail, les associations risquent de voir le nombre de leurs adhérents baisser. Les éditeurs concernés devront y réfléchir soigneusement et pourront envisager de n'offrir des services électroniques qu'aux membres.

 

Vente d'articles à l'unité. Un argument fréquemment avancé est celui qu'un lecteur n'étant intéressé que par certains articles, il serait préférable que ce lecteur ne puisse acheter que les articles qui l'intéressent. Alors que le coût d'administration d'un tel système en environnement imprimé serait prohibitif, le principe est beaucoup plus simple par voie électronique, même s'il exige que l'éditeur dispose d'un système capable de livrer les articles et de recueillir les règlements (sur facture ou par carte de paiement). Un des inconvénients de ce système est le fait que l'argent devant servir à acheter les articles se trouve généralement dans les caisses d'une université ou autre institution, et non dans celles du lecteur lui-même. Alors que les éditeurs craignaient que les ventes d'articles à l'unité réduisent la demande d'abonnements, les études menées jusqu'à présent ne vont pas dans ce sens et semblent indiquer au contraire qu'elles sont une source de revenu supplémentaire. [80] En revanche, en dehors du risque de baisse du revenu global de l'éditeur, cet argent circulerait sous la forme de transactions nombreuses et de montant faible (plus coûteuses à traiter) réparties sur l'ensemble de l'année, contrairement à l'abonnement qui est réglé d'avance.

 

Licence par site. Les universités, les entreprises et autres abonnés institutionnels préfèrent un accès par site aux publications électroniques. L'idée de voir cet accès limité à un ou plusieurs terminaux informatiques désignés plaît beaucoup moins. Vous seriez donc bien avisé d'élaborer une politique de licences et un système d'accès correspondant. La délimitation du “site” peut être difficile, notamment lorsqu'une organisation compte plusieurs sites géographiques (à l'image d'une grande entreprise ou d'une multinationale). La tarification est aussi un problème spécifique, compte tenu de la diversité des organisations tant sur le plan de la taille que du nombre d'usagers existants ou potentiels. Si votre tarif se base uniquement sur le tarif d'abonnement papier, les petites organisations paieront autant que les grandes, alors qu'elles n'ont pas besoin de plusieurs abonnements ; vous pourriez ainsi perdre une partie de votre revenu. Une méthode de tarification basée sur le nombre d'usagers peut être plus équitable, même si le calcul du tarif à appliquer à chaque client devient alors plus complexe. Certains éditeurs ont étudié le mode de financement de l'institution, l'effectif enseignant et étudiant total, ou simplement celui des départements concernés. La plupart sont arrivés à la conclusion qu'il était plus simple de fixer un nombre relativement limité d'échelles de tarifs établies sur la base de ces critères de mesure.

 

Licence globale (groupements). Les institutions, notamment les universités, se regroupent de plus en plus pour optimiser leurs budgets et mettre en commun l'accès aux ressources documentaires dont elles disposent. Ce peut être un moyen très efficace de diffuser le contenu de votre revue auprès d'une audience plus large dans le cadre d'une seule négociation. Une fois regroupées cependant, ces institutions deviennent de puissants négociateurs et vous devrez veiller à bien définir vos politiques de tarification et à ne pas vendre involontairement à perte. Il est également difficile pour un éditeur ne disposant que d'un nombre limité de revues de vendre à des gros clients ou à des groupements, tout comme il difficile pour le client de savoir que ces revues existent. La procédure prend autant de temps qu'il s'agisse d'une revue ou d'une centaine, et requiert une compétence et un savoir spécifiques. Pour surmonter ce problème, certaines organisations tentent d'intervenir pour le compte de nombreux petits éditeurs. [81] Il est bon de rappeler à cet égard que l'Association of Learned and Professional Society Publishers se penche actuellement sur la possibilité de regrouper les revues de nombreux petits éditeurs au sein d'un produit unique.

 

A propos de licences

 

Lorsque vous vendez une revue papier, ce que vos clients ont ou n'ont pas le droit de faire avec le contenu est assez clair et bien compris. En revanche, c'est moins évident pour une revue électronique et vous avez tout intérêt à énoncer clairement ce que vos clients peuvent ou ne peuvent pas faire dans une déclaration que chaque client doit approuver. Cette déclaration peut intervenir à deux niveaux. L'usager peut voir apparaître à l'écran un résumé de ce qu'il peut ou ne peut pas faire, et vous pouvez configurer votre système de manière à inviter l'usager à cliquer sur un bouton “Je suis d'accord” avant de lui permettre de poursuivre. Les institutions peuvent se voir offrir un contrat de licence plus détaillé qu'elles devront signer. Cette dernière approche permet de négocier le cas échéant, même s'il est évident que vous souhaiterez formuler la licence de façon à ce qu'elle puisse s'appliquer à la plupart de vos clients et éviter des négociations individuelles longues et coûteuses.

 

Certaines conditions d'utilisation vont dépendre du caractère gratuit ou payant de la version électronique, tandis que d'autres s'appliqueront dans un cas comme dans l'autre. Vous allez sans doute vouloir autoriser les usagers à rechercher, extraire et imprimer des articles de la revue ; vous pouvez leur permettre ou non d'enregistrer les articles électroniquement sur leur propre ordinateur. Vous devrez aussi décider si vous souhaitez autoriser les usagers d'une institution abonnée à réexpédier des articles, notamment par voie électronique, à des personnes extérieures ; certains éditeurs l'autorisent de façon limitée, au cas par cas. Il est peu probable que vous autorisiez les usagers à vendre des articles ou à les redistribuer de façon systématique à grande échelle, ou à mettre la totalité ou même une partie du contenu en ligne sur d'autres sites Internet.

 

Alors que vous allez probablement exiger une signature ou autre forme d'acceptation des conditions énoncées, notamment si la revue est payante, le recours à des moyens électroniques pour veiller à leur application présente peu d'intérêt sur le plan économique, compte tenu du coût élevé des technologies nécessaires. Une culture de confiance et d'honnêteté prévaut encore généralement dans les milieux universitaires et scientifiques.

Des travaux très utiles ont permis de produire des licences types, ou licences-cadres, qui vous aideront à rédiger une licence adaptée à vos revues. Produites en concertation avec des éditeurs et des consommateurs, ces licences types s'efforcent de répondre aux préoccupations de chacun. Vous seriez malavisé d'utiliser ces licences en l'état, sans examiner soigneusement les implications des diverses options qu'elles présentent ; en revanche, elles peuvent vous faire gagner du temps au niveau de la rédaction et vous permettre d'éviter des omissions. Certaines universités et autres organisations ont également formulé des principes sur ce qu'il faut attendre d'une licence. [82] C'est le cas par exemple de principes formulés au Royaume-Uni par un groupement de bibliothécaires universitaires et d'éditeurs. [83] Le site LibLicense [84] fournit également des informations très utiles concernant l'octroi des licences et les licences elles-mêmes, et vous permet de participer à des débats intéressants. Certaines universités et autres institutions ont émis par ailleurs des recommandations en matière de licences et ce que vous pouvez en attendre.84 Si vous pouvez éviter de rédiger entièrement votre propre licence, tant mieux : utilisez toutes les ressources qui sont à votre disposition pour glaner des formulations utiles et les incorporer dans votre propre licence. Une grande partie des documents cités sont diffusés librement dans ce but.

 

Certains éditeurs n'exigent plus de leurs clients qu'ils signent une licence, mais indiquent clairement sur le site de la revue ce que le client peut faire et ne pas faire. Cette méthode n'a révélé aucun problème jusqu'à présent et permet à chacun de gagner du temps et de l'argent. [85], [86]

 

Conclusions

 

Ces informations n'ont pas pour objet de vous dissuader de publier une revue électronique; il se peut très bien que ce soit le meilleur moyen d'atteindre vos objectifs. Si, après avoir pesé le pour et le contre, vous décidez de vous lancer dans l'édition électronique, il est à espérer que cette brève introduction, ainsi que les nombreuses informations contenues dans cet ouvrage, mettront toutes les chances de succès de votre côté.

 

Pour en savoir plus

 

Bibliographie de publications savantes électroniques http://info.lib.uh.edu/sepb/sepb.html (6-5-02)

Liens de publications savantes électroniques http://info.lib.uh.edu/sepb/sepr.html (6-5-02)

Index thématique de sources d'informations électroniques http://library.usask.ca/~dworacze/SUB_INT.HTM (6-5-02)

 

Remerciements

 

Je remercie les nombreux amis et collègues qui m'ont fait profiter, au fil des années, de leur savoir et de leur expérience. Je tiens à remercier particulièrement Cliff Morgan, Don King et Andrea Powell pour leur précieuse contribution à ce chapitre.

 

Références

 

[1] Voir, par exemple, http://www.espere.org  (6-5-02)

[2] Swan, Alma and Brown, Sheridan, Authors and Electronic Publishing, ALPSP, Worthing, 2002 ; résumé disponible à l'URL http://www.alpsp.org/pub5.htm (6-5-02)

[3] Baldwin, Christine and Pullinger, David, `What readers value in academic journals', Learned Publishing, Vol 13 No 4 (Oct. 2000) pp. 229-240. Egalement disponible à l'URL http://www.catchword.com/alpsp/09531513/v13n4/contp1-1.htm (6-5-02)

[4] Tenopir, Carol and King, Donald W, Towards Electronic Journals: realities for scientists, librarians and publishers, Special Libraries Association, Washington DC, 2000

[5] King, Donald W and Tenopir, Carol, 'Evolving journal costs: implications for publishers, libraries and readers', Learned Publishing, Vol 12 No 4 (Oct. 1999) pp 251-258. Egalement disponible gratuitement à l'URL http://www.catchword.com/alpsp/09531513/v12n4/contp1-1.htm  (6-5-02)

[6] Halliday, Leah and Oppenheim, Charles, Economic Models of the Digital Library, Loughborough University, Loughborough, 1999. http://www.ukoln.ac.uk/services/elib/papers/ukoln/emod-diglib/final-report.pdf  (6-5-02)

[7] Halliday, Leah and Oppenheim, Charles, 'Economic Models of Digital-Only Journals', Serials, Vol 13 No 2 (2000) pp 59-66.

[8] Shaw, Dennis & Moore, Howard (eds), Electronic Publishing in Science: proceedings of the joint ICSU Press/UNESCO expert conference, February 1996, ICSU Press/UNESCO, Paris, 1996 ; également disponible à l'URL http://associnst.ox.ac.uk/~icsuinfo/confproc.htm (6-5-02)

[9] Boyce, Peter, divers articles sur Internet Society (), l'édition électronique () et dans Serials Review
(6-5-02)

[10] Baron, Joel, 'Why we need information identifiers', Learned Publishing, Vol 10, No 2 (1997) pp 132-134. Egalement disponible gratuitement à l'URL http://www.catchword.com/alpsp/09531513/v10n2/contp1-1.htm  (6-5-02)

[11] Paskin, Norman, 'Information Identifiers', Learned Publishing, Vol 10, No 2 (1997) pp 135-156 (comprend un glossaire pratique). Egalement disponible gratuitement à l'URL http://www.catchword.com/alpsp/09531513/v10n2/contp1-1.htm  (6-5-02)

[12] Paskin, Norman, 'E-citations: actionable identifiers and scholarly referencing', Learned Publishing, Vol 13 No 3 (2000) pp159-168. Egalement disponible gratuitement à l'URL http://www.catchword.com/alpsp/09531513/v13n3/contp1-1.htm  (6-5-02)

[13] Voir aussi http://www.doi.org/about_the_doi.html(6-5-02)

[14] Voir http://www.crossref.org/faqs.htm  (6-5-02)

[15] Voir http://www.leeds.ac.uk/cedars/documents/CIS05.htm  (6-5-02)

[16] Russell, Kelly, Weinberger, Ellis and Stone, Andy, 'Preserving digital scholarship: the future is now', Learned Publishing, Vol 12 No 4 (1999) pp 271-280. Egalement disponible gratuitement à l'URL http://www.catchword.com/alpsp/09531513/v12n4/contp1-1.htm  (6-5-02)

[17] Butler, Declan, 'Writing is on the web for science journals in print', Nature, Vol 397 No 6716 (21 Janv. 1999) pp 195-200. Egalement disponible gratuitement pour les abonnés, ou en vente, à l'URL http://www.nature.com/nature

[18] Voir bibliographies JSTOR à l'URL http://www.jstor.org/about/bibliography.html (6-5-02)

[19] Morris, Sally, `Archiving Electronic Publications: what are the problems and who should solve them?', Serials Review, Vol 26 No 3 (2000), pp 65-68 ; également disponible à l'URL http://www.alpsp.org/arcsm00.pdf (6-5-02)

[20] Voir http://lockss.stanford.edu/projectdescfaq.htm (6-5-02)

[21] Voir  http://www.nla.gov.au/padi/ (6-5-02)

[22] Voir http://www.erpanet.org (6-5-02)

[23] Voir http://minos.bl.uk/gabriel/fep (6-5-02)

[24] Un résumé des travaux est disponible à l'URL l'URL http://www.alpsp.org/htp_arc.htm (6-5-02)

[25] Voir http://www.publiclibraryofscience.org (6-5-02)

[26] Voir liste à l'URL http://www.freemedicaljournals.com (6-5-02)

[27] Voir http://xxx.lanl.gov (6-5-02)

[28] Voir http://www.pubmedcentral.nih.gov   (6-5-02)

[29] Voir http://www.e-biosci.com (6-5-02)